De l’Ingénierie à l’Innovation : Le Parcours de Mehdi Belghiti

Entrepreneur, Tech Lead Full‐Stack & Expert PLM chez Inetum – Un moteur de projets complexes en IA et Windchill PLM.

Mehdi Belghiti est un Entrepreneur, Tech lead et Expert en Développement installé à Rabat, doté de plus de 8 ans d’expérience dans le développement full‑stack, l’intégration de l’IA et la maîtrise de solutions PLM comme Windchill. Actuellement Tech Lead chez Inetum Maroc (anciennement Gfi), il pilote des équipes et coordonne des projets complexes, notamment pour des clients comme Thales, Airbus, et SAE, avec une stack technique solide (Java/Spring Boot, Angular, Docker, AWS). Fondateur et CEO de Pricision, il a conçu une plateforme SaaS de pricing intelligent qui aide à maximiser le profit. Son profil reflète un mélange rare de rigueur technique, de leadership et de sens produit.

Où trouver Mehdi Belghiti :

Ce que vous apprendrez :

  • Évoluer d’un rôle d’ingénieur à celui de Tech Lead et d’entrepreneur en conciliant excellence technique, leadership et vision produit.

  • Concevoir des systèmes robustes et utiles en faisant des choix technologiques guidés par la valeur métier, la maintenabilité et l’usage réel.

  • Piloter des projets complexes du grand compte industriel au SaaS en restant pragmatique, orienté terrain et focalisé sur l’impact.

  • Adopter une approche durable de l’innovation et de l’IA, ancrée dans l’apprentissage continu, la discipline et la création de valeur à long terme.

Place à l’interview

1. Présentez‑vous de manière humaine et authentique.

Au quotidien, je suis avant tout quelqu’un de très curieux et orienté construction. J’aime comprendre comment les choses fonctionnent, mais surtout comment les améliorer de manière concrète et durable. Que ce soit dans la tech, l’entrepreneuriat ou même dans ma vie personnelle, je suis attiré par ce qui crée de la valeur sur le long terme plutôt que par les solutions rapides.

En dehors de mes responsabilités chez Inetum et à travers Pricision et Systechra, je consacre beaucoup de temps à apprendre, à structurer des projets et à accompagner des équipes. J’accorde une grande importance à la discipline, à la transparence et au sens des responsabilités — des valeurs qui guident ma manière de travailler et de collaborer.

Je crois profondément que le leadership ne se résume pas à diriger, mais à créer un cadre de confiance où chacun peut progresser, prendre des initiatives et s’approprier les objectifs communs. Ma vision du développement repose sur cet équilibre entre exigence, bienveillance et pragmatisme, avec l’idée que de bons résultats viennent toujours d’équipes alignées et responsabilisées.

2. Qu’est‑ce qui vous a conduit vers l’ingénierie logicielle, l’IA et l’entrepreunariat ?

Mon orientation vers l’ingénierie logicielle s’est faite assez naturellement, par goût pour la logique et la résolution de problèmes. À l’ENSIAS, j’ai acquis des bases solides en informatique, mais surtout une manière de penser : analyser, structurer et concevoir des systèmes fiables dans des environnements complexes.

Très tôt, j’ai travaillé sur des projets concrets en Java et Angular, souvent dans des contextes exigeants et à forte contrainte métier. Ces expériences m’ont appris que la technologie n’a de valeur que si elle sert un besoin réel, et qu’un bon logiciel est avant tout un logiciel maintenable, compréhensible et aligné avec les utilisateurs finaux.

En évoluant vers des rôles de Tech Lead, j’ai progressivement pris conscience que mon impact ne venait plus seulement du code, mais de ma capacité à guider des équipes, à prendre des décisions techniques structurantes et à faire le lien entre enjeux business et choix technologiques. C’est aussi à ce moment-là que l’IA a commencé à s’imposer comme un levier naturel : non pas comme une fin en soi, mais comme un moyen d’automatiser, d’optimiser et d’augmenter l’intelligence des produits.

L’entrepreneuriat est venu comme une continuité logique. Avec Systechra, puis Pricision, l’objectif a toujours été le même : transformer des problématiques concrètes en produits simples, utiles et mesurables. Pricision est né de frustrations vécues sur le terrain, notamment autour de la prise de décision et de l’optimisation, et incarne cette volonté de construire des solutions pragmatiques, orientées résultats, tout en restant techniquement solides.

3. Parlez‑nous d’un défi marquant ou d’une réussite récente.

Un défi marquant récent a été de mener en parallèle des projets industriels complexes et le lancement d’un produit SaaS en conditions réelles. Sur des projets PLM Windchill pour des groupes comme Thales, l’enjeu n’était pas uniquement technique, mais surtout organisationnel : intervenir sur des systèmes critiques, fortement intégrés, avec des exigences élevées en matière de qualité, de traçabilité et de gouvernance.

L’un des principaux obstacles a été de concilier des contraintes parfois contradictoires : besoin d’évolution rapide côté métier, stabilité côté système, et coordination entre de multiples équipes. Cela m’a appris l’importance de la communication claire, de la documentation, et surtout de la prise de décision pragmatique plutôt que théorique.

À l’inverse, avec Pricision, le défi a été presque opposé. La mise en production a mis en lumière que la difficulté n’était pas tant de construire la solution, mais de l’exposer à de vrais utilisateurs, à leurs comportements réels et à leurs attentes parfois implicites. Il a fallu accepter de livrer imparfait, mesurer, itérer rapidement et remettre en question certaines hypothèses techniques ou produit.

La principale leçon tirée de ces deux expériences est que, quel que soit le contexte — grand compte ou startup — la réussite repose sur la capacité à s’adapter, à écouter le terrain et à rester focalisé sur la valeur réelle apportée. La technologie n’est qu’un levier ; ce sont les décisions humaines et la capacité à apprendre vite qui font la différence.

4. Quelles technologies ou méthodes vous passionnent aujourd’hui, et comment les intégrez‑vous ?

Aujourd’hui, ce qui me passionne le plus n’est pas une technologie en particulier, mais la manière de les combiner intelligemment pour construire des systèmes simples, robustes et évolutifs. J’accorde beaucoup d’importance aux fondamentaux : architecture claire, séparation des responsabilités, automatisation et observabilité.

Côté backend, Java avec Spring Boot reste un pilier pour les systèmes critiques et à forte logique métier. Il apporte une grande maturité en matière de structuration, de sécurité et de maintenabilité. Je le complète selon les besoins par des stacks plus orientées produit et rapidité, notamment avec Node.js lorsque le time-to-market est clé.

Pour le frontend, j’utilise Angular ou React/Next.js selon le contexte. Angular est très efficace pour des applications complexes et structurées, tandis que React, Next.js ou Remix offrent une excellente expérience pour des produits orientés performance, SEO et itération rapide, comme les applications SaaS modernes.

L’infrastructure et le delivery sont tout aussi centraux. Docker, CI/CD et AWS me permettent d’automatiser le cycle de vie des applications, de sécuriser les déploiements et d’assurer une montée en charge progressive sans complexité inutile. L’objectif est toujours de réduire la friction entre le code et la production.

Enfin, l’IA et les agents conversationnels occupent une place croissante dans mes projets. Que ce soit via OpenAI ou Dialogflow, je les intègre comme des briques fonctionnelles au service de cas d’usage précis : automatisation, aide à la décision, interaction intelligente avec les utilisateurs. Là encore, l’enjeu n’est pas la technologie elle-même, mais sa capacité à créer un réel gain de valeur.

Ma méthode consiste donc à rester pragmatique : choisir les bons outils au bon moment, éviter la sur-ingénierie, et construire des solutions qui peuvent évoluer avec le produit, les équipes et les usages.

5. Comment restez‑vous à jour dans ce domaine en constante évolution ?

Dans un domaine qui évolue aussi vite que le nôtre, rester à jour est avant tout une question de méthode, plus que de volume. J’essaie d’éviter la veille dispersée et de me concentrer sur ce qui a un réel impact à moyen et long terme.

Je m’appuie sur une veille régulière via des blogs techniques, des retours d’expérience d’ingénieurs et d’architectes, ainsi que des communautés spécialisées. Les échanges avec d’autres professionnels, que ce soit en interne ou à travers des réseaux techniques, sont souvent plus précieux que la simple consommation de contenus.

La lecture joue également un rôle central dans mon apprentissage. Les livres techniques et plus transverses — sur l’architecture logicielle, la conception de systèmes, le leadership ou la prise de décision — me permettent de prendre du recul et de structurer ma réflexion sur le long terme, au-delà des tendances du moment.

Je participe aussi à des événements et rencontres comme Socrates, qui favorisent des échanges approfondis entre pairs. Ces moments sont essentiels pour confronter ses idées, partager des retours d’expérience concrets et rester connecté aux problématiques réelles du terrain.

L’open source reste un autre pilier important : lire du code, comprendre les choix d’architecture et suivre l’évolution de projets matures permet de garder un lien très concret avec la pratique.

Enfin, j’apprends beaucoup par l’action. Le fait de lancer un produit comme Pricision, tout en encadrant une équipe et en intervenant sur des projets à forts enjeux, m’oblige à tester, à trancher et à assumer des décisions techniques. Cette confrontation permanente entre théorie et usage réel est, à mon sens, la meilleure forme de formation continue.

La transmission fait aussi partie intégrante de ce processus : expliquer, challenger et accompagner une équipe dans sa montée en compétences permet non seulement de partager le savoir, mais aussi de renforcer sa propre compréhension.

6. Quelle est votre vision de l’évolution de votre rôle et de l’écosystème tech au Maroc ?

Ma vision de l’évolution de mon rôle s’inscrit dans une logique de passerelle : entre expertise technique, création de produits et développement d’un écosystème plus mature. Chez Inetum, mon objectif est de continuer à apporter une valeur structurante sur des projets complexes, en aidant les équipes et les clients à faire des choix technologiques durables, adaptés à leurs enjeux réels plutôt qu’aux effets de mode.

À travers Systechra et Pricision, mon ambition est complémentaire. Il s’agit de démontrer que l’on peut concevoir depuis le Maroc des solutions technologiques crédibles, compétitives et orientées produit, capables de s’adresser à des marchés internationaux tout en restant ancrées dans des problématiques locales. Pricision, par exemple, illustre cette approche : un produit construit à partir de besoins concrets, combinant data, IA et pragmatisme opérationnel.

Plus largement, je pense que l’écosystème tech marocain est à un moment charnière. Nous passons progressivement d’un modèle centré sur l’exécution à un modèle où l’architecture, le produit et la prise de décision prennent une place centrale. L’adoption de technologies comme l’IA, le cloud ou les plateformes PLM ne doit pas être perçue comme une rupture brutale, mais comme une opportunité d’optimiser des processus industriels, logistiques et décisionnels déjà existants.

Mon rôle, à mon échelle, est de contribuer à cette transition : en accompagnant les entreprises dans l’appropriation de ces technologies, en formant des profils capables de les maîtriser, et en participant à l’émergence de produits et de compétences à fort impact pour le Maroc et, plus largement, pour l’Afrique. Je suis convaincu que l’avenir de l’écosystème passera par cette combinaison entre expertise locale, ambition internationale et innovation utile.

7. Quelle est votre source d’inspiration, routine ou conseil pour rester motivé chaque jour ?

Ma principale source de motivation vient d’une idée simple : progresser un peu chaque jour, de manière intentionnelle. Je ne crois pas beaucoup aux pics de motivation, mais plutôt à la constance et aux habitudes bien ancrées.

Ma routine repose sur quelques piliers essentiels : des moments réguliers de réflexion, l’apprentissage continu — notamment à travers la lecture — et le sport, qui m’aide à garder de la discipline, de l’énergie et du recul. Ces éléments créent un équilibre qui me permet de rester lucide, même dans des périodes de forte intensité.

Je m’inspire davantage de principes que de citations. L’un de ceux qui me guide le plus est l’idée que les résultats visibles sont toujours le produit de décisions et d’efforts répétés, souvent invisibles au quotidien. Cela influence aussi bien ma manière de travailler que ma façon de construire des projets ou d’accompagner des équipes.

Enfin, les échanges avec des personnes exigeantes et bienveillantes — mentors informels, pairs ou entrepreneurs — jouent un rôle important. Ces discussions permettent de remettre les choses en perspective, d’éviter l’isolement et de rester aligné avec ce qui compte vraiment, aussi bien sur le plan professionnel que personnel.